Trois mois après son ouverture, l'édition 2026 du leasing social a déjà mobilisé une large part de son enveloppe. Le dispositif, qui permet aux ménages modestes de louer une voiture électrique neuve pour un loyer plafonné à 200 euros par mois, vise au moins 50 000 véhicules. Lors d'une intervention le 22 septembre, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, faisait état de 34 000 demandes formulées, soit environ 16 000 places restantes. Plusieurs modèles parmi les plus demandés, dont la Renault 5, ne sont plus disponibles dans ce cadre.

Le leasing social contribue directement au record de ventes de voitures électriques observé en septembre, lorsque l'électrique a représenté environ 42 % des immatriculations de voitures neuves.

Le principe du leasing social

Le leasing social est une location longue durée d'une voiture électrique neuve, réservée aux ménages modestes qui ont besoin de leur véhicule pour travailler. L'État finance une partie importante du coût, ce qui permet de proposer des loyers mensuels très inférieurs à ceux du marché.

Le dispositif a été lancé pour la première fois au début de 2024, puis reconduit en 2025, avec une ouverture le 30 septembre cette année-là. La troisième édition a ouvert le 16 juillet 2026.

Les conditions d'accès

Plusieurs conditions cumulatives doivent être remplies.

Condition Exigence
Revenus Revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 16 880 euros
Usage du véhicule Trajet domicile-travail de plus de 10 km, ou plus de 8 000 km par an à titre professionnel
Loyer Plafonné à 200 euros par mois
Durée Au moins trois ans
Véhicule Neuf, prix catalogue inférieur ou égal à 47 000 euros TTC, éco-score minimal
Antériorité Ne pas avoir bénéficié du leasing social en 2024 ou 2025

L'éco-score, qui évalue l'empreinte environnementale de la fabrication du véhicule, exclut de fait une partie des modèles produits hors d'Europe. Ses évolutions sont détaillées dans notre article sur la réforme de l'éco-score.

Une offre de modèles plus restreinte

La liste officielle compte 20 modèles éligibles en 2026, contre 27 en 2025. Les constructeurs participants fixent eux-mêmes leurs loyers, dans la limite du plafond. Certains modèles sont proposés à partir d'environ 94 euros par mois.

Les petits modèles à prix contenu, les plus adaptés aux budgets des ménages visés, ont été les premiers épuisés. La Renault 5 n'était plus commandable dans le cadre du dispositif dès la fin septembre, selon les informations relayées par la presse spécialisée.

Un rythme de demande soutenu

Indicateur Valeur
Ouverture 16 juillet 2026
Objectif Au moins 50 000 véhicules
Demandes au 22 septembre 34 000
Places restantes estimées fin septembre Environ 16 000
Modèles éligibles 20

Le rythme de près de 34 000 demandes en un peu plus de deux mois laisse penser que l'enveloppe pourrait être épuisée avant la fin de l'année, si la demande se maintient et si les constructeurs disposent de véhicules à livrer.

Pourquoi le dispositif rencontre un tel succès

La hausse des carburants

Le contexte de 2026 renforce l'attractivité du leasing social. Avec un gazole au-delà de 2,36 euros le litre à la mi-octobre, un ménage qui parcourt quotidiennement des dizaines de kilomètres pour aller travailler voit sa dépense de carburant fortement augmenter. Passer à une voiture électrique louée 100 à 200 euros par mois, rechargée à domicile, peut réduire nettement son budget transport.

Un public ciblé

Le dispositif vise précisément les ménages les plus exposés à la hausse des carburants : revenus modestes et dépendance à la voiture pour travailler. Ce sont aussi ceux qui ont le moins accès au marché des voitures électriques neuves, dont le prix d'achat reste élevé.

La simplicité

Le loyer tout compris, sans apport important, simplifie la décision par rapport à un achat avec prime.

Exemple : le budget d'un salarié

Prenons un salarié qui parcourt 40 kilomètres par jour pour aller travailler, soit environ 9 000 kilomètres par an en tenant compte des jours travaillés, avec une voiture diesel ancienne consommant 6,5 litres aux 100 kilomètres.

Poste annuel Voiture diesel ancienne Voiture électrique en leasing social
Énergie Environ 1 380 euros (gazole à 2,36 euros) Environ 300 euros (17 kWh/100 km, recharge à domicile à 0,20 euro)
Loyer ou coût du véhicule Véhicule déjà payé, entretien et réparations à prévoir 1 200 à 2 400 euros (100 à 200 euros par mois)

Ces calculs de la rédaction, simplifiés, n'intègrent ni l'assurance ni l'entretien. Ils montrent que le leasing social peut représenter une dépense comparable, voire inférieure, à celle d'un vieux véhicule thermique, avec un véhicule neuf et plus fiable. L'économie dépend fortement de la distance parcourue et du loyer du modèle choisi.

La question de la recharge

Le leasing social suppose que le ménage puisse recharger son véhicule. Pour les habitants de maisons individuelles, une prise renforcée ou une borne à domicile suffit. Pour les habitants d'immeubles sans parking équipé, la recharge dépend des bornes publiques ou du droit à la prise en copropriété. Notre article sur la recharge à domicile détaille les solutions disponibles.

Le plan d'électrification présenté le 15 octobre prévoit une aide de 500 euros pour l'installation d'une borne pilotable à domicile à partir du 1er janvier 2027.

Les critiques adressées au dispositif

Une enveloppe limitée

Avec environ 50 000 véhicules par édition, le leasing social ne concerne qu'une petite partie des ménages potentiellement éligibles. Les associations plaident pour un dispositif pérenne et plus large.

Un coût pour les finances publiques

L'aide de l'État par véhicule est importante, ce qui limite le nombre de bénéficiaires dans un contexte budgétaire contraint.

La fin du contrat

À l'issue du contrat, le ménage doit rendre le véhicule ou l'acheter. La question de l'accès durable à la mobilité électrique se reposera alors.

Un levier pour l'industrie européenne

En imposant un éco-score minimal, le dispositif favorise les véhicules produits en Europe, au détriment des modèles importés d'Asie. Il soutient ainsi les constructeurs implantés en France et en Europe, dans une période de concurrence intense sur le marché des voitures électriques.

Ce qu'il faut surveiller

Les ménages qui ne peuvent pas accéder au leasing social peuvent se tourner vers la prime financée par les certificats d'économies d'énergie pour l'achat d'une voiture électrique. Pour les ménages en difficulté face à la hausse des prix de l'énergie, notre article sur la précarité énergétique dresse un état des lieux.

Trois éditions, trois calendriers

Le leasing social a connu trois éditions aux modalités proches mais aux calendriers différents.

Édition Ouverture Objectif annoncé Particularités
2024 Début 2024 Plusieurs dizaines de milliers de véhicules Forte demande, enveloppe épuisée en quelques semaines
2025 30 septembre 2025 Environ 50 000 véhicules Financement adossé aux certificats d'économies d'énergie
2026 16 juillet 2026 Au moins 50 000 véhicules 20 modèles éligibles, exclusion des anciens bénéficiaires

La première édition avait été victime de son succès : plus de demandes que prévu, une enveloppe épuisée très vite et des délais de livraison longs. Les éditions suivantes ont cherché à mieux calibrer l'offre et la demande. Le financement par les CEE, mis en place à partir de 2025, permet de soutenir le dispositif sans peser entièrement sur le budget de l'État.

Le profil des bénéficiaires

Le dispositif s'adresse à des ménages qui cumulent revenus modestes et dépendance à la voiture pour le travail. Selon les retours des éditions précédentes, une part importante des bénéficiaires vit dans des zones périurbaines ou rurales, où l'offre de transports collectifs est limitée et les trajets domicile-travail longs. Ce sont aussi ces ménages qui sont les plus touchés par la hausse des prix des carburants en 2026.

Les ménages modestes urbains, qui utilisent moins leur voiture ou disposent d'alternatives, sont moins concernés par le dispositif, dont la condition de distance domicile-travail limite l'accès.

L'enjeu de la seconde vie des véhicules

Les premiers contrats de leasing social, signés en 2024, arriveront à échéance à partir de 2027. Les ménages devront alors choisir entre rendre le véhicule, l'acheter à sa valeur résiduelle ou souscrire un nouveau contrat, sans pouvoir bénéficier à nouveau du leasing social. Cette échéance posera la question de l'accès durable des ménages modestes à la mobilité électrique.

Les véhicules restitués alimenteront le marché de l'occasion, aujourd'hui encore étroit pour les voitures électriques. Leur arrivée pourrait faire baisser les prix et élargir l'accès à l'électrique pour les ménages qui n'ont pas bénéficié du dispositif.

Un dispositif suivi au-delà des frontières

Le leasing social français est observé par d'autres pays européens qui cherchent à rendre la voiture électrique accessible aux ménages modestes. Le futur Fonds social pour le climat, alimenté par le marché carbone européen étendu aux carburants à partir de 2028, pourrait financer ce type de dispositif dans plusieurs États membres. La France pourrait y trouver une source de financement pour pérenniser le leasing social au-delà des éditions annuelles.

Les constructeurs et la disponibilité des véhicules

Le succès du dispositif dépend aussi de la capacité des constructeurs à livrer. Pour chaque modèle, ils s'engagent sur un volume et un loyer. Lorsque le volume est atteint, le modèle n'est plus proposé dans le cadre du leasing social, même si l'enveloppe globale n'est pas épuisée. C'est ce qui explique l'indisponibilité précoce de certains modèles populaires, alors que des places restent ouvertes sur d'autres.

Pour les ménages, cela signifie que le choix se réduit au fil des semaines. Les modèles encore disponibles en fin de campagne sont souvent plus grands ou plus chers, avec des loyers plus proches du plafond de 200 euros.

Le gouvernement devrait communiquer un nouveau bilan d'étape d'ici la fin de l'année, qui permettra de mesurer le rythme des livraisons et le nombre de places restantes.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le leasing social ?

Une location longue durée d'une voiture électrique neuve, réservée aux ménages modestes qui utilisent leur véhicule pour travailler, avec un loyer plafonné à 200 euros par mois.

Quelles sont les conditions de revenus ?

Un revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 16 880 euros.

Combien de voitures sont prévues en 2026 ?

Au moins 50 000. Fin septembre, 34 000 demandes avaient été formulées.

Tous les modèles sont-ils encore disponibles ?

Non. Certains modèles très demandés, comme la Renault 5, n'étaient plus commandables dans ce cadre dès la fin septembre.

Peut-on en bénéficier si on l'a déjà utilisé ?

Non, les bénéficiaires des éditions 2024 ou 2025 sont exclus de l'édition 2026.

Quelle est la durée du contrat ?

Au moins trois ans.

Le leasing social sera-t-il reconduit en 2027 ?

Aucune décision n'a été annoncée à la date de rédaction. Elle dépendra des arbitrages budgétaires.