Le gouvernement a lancé le 15 octobre 2026 la deuxième phase de son plan d'électrification des usages, composée de 17 mesures. Présenté par la ministre déléguée chargée de l'Énergie, Maud Bregeon, le dispositif vise à accélérer le remplacement des énergies fossiles par l'électricité dans le chauffage des logements, la mobilité des particuliers et des entreprises, et l'industrie. Parmi les mesures phares figurent un guichet unique pour les aides aux pompes à chaleur, une aide à l'installation de bornes de recharge pilotables et un soutien renforcé aux utilitaires électriques.

Le plan intervient dans un contexte de forte hausse des prix du pétrole et du gaz, liée au conflit au Moyen-Orient. Le gouvernement en fait un argument de souveraineté : chaque usage électrifié réduit la dépendance du pays aux hydrocarbures importés.

Pourquoi un plan d'électrification

L'électricité produite en France est très largement décarbonée, grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables. Pourtant, elle ne représente qu'environ un quart de la consommation finale d'énergie du pays. Le reste provient majoritairement du pétrole et du gaz, utilisés pour les transports, le chauffage et l'industrie.

La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), publiée par décret le 13 février 2026, fixe un cap de long terme : augmenter fortement la part de l'électricité dans la consommation pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Le plan d'électrification décline cette orientation en mesures concrètes. Sa première phase avait été présentée plus tôt dans l'année ; la seconde vise à accélérer et à cibler les usages où les gains sont les plus rapides.

Les mesures pour le chauffage

Le chauffage des bâtiments est l'un des principaux postes de consommation de gaz et de fioul. Le plan prévoit plusieurs mesures pour favoriser la pompe à chaleur.

Un guichet unique pour les aides aux pompes à chaleur

Les aides à l'installation d'une pompe à chaleur seraient regroupées dans un guichet unique adossé aux certificats d'économies d'énergie (CEE), généralisé au 1er janvier 2027. Ce guichet est déjà ouvert depuis le 1er octobre 2026 pour les offres dites intégrées, dans lesquelles un même opérateur prend en charge l'installation et le financement. Les aides seraient versées sans délai d'instruction, selon les présentations relayées par la presse spécialisée.

Le gouvernement donne des exemples d'aide moyenne pour une pompe à chaleur air/eau dans une maison de 90 m² située en zone climatique H1 : environ 11 500 euros pour un ménage très modeste et 8 400 euros pour un ménage modeste. La méthode de calcul de ces aides selon la tranche de revenus est détaillée pas à pas dans le guide de calcul des aides de MaPompe-a-chaleur.fr.

La fin du fioul étendue au bio-fioul

L'interdiction d'installer de nouvelles chaudières au fioul, en vigueur depuis le 1er juillet 2022, serait étendue aux chaudières fonctionnant au bio-fioul, qui en étaient jusqu'ici exemptées.

Une incitation à quitter le gaz

Plusieurs médias spécialisés font état d'une prime « sortie du gaz » pouvant atteindre 1 000 euros par logement. Ses modalités restent à préciser.

L'objectif d'un million de pompes à chaleur

Le plan fixe un objectif d'un million de pompes à chaleur installées à l'horizon 2030.

Les mesures pour la mobilité

Le transport routier reste le premier poste de consommation de produits pétroliers en France. Le plan comprend plusieurs mesures pour accélérer l'électrification des véhicules.

Une aide à la borne pilotable

Une aide de 500 euros pour l'installation d'une borne de recharge pilotable à domicile est annoncée à partir du 1er janvier 2027. Une borne pilotable permet de programmer la recharge aux heures où l'électricité est abondante et moins chère, ce qui limite les pointes de consommation sur le réseau.

Un plan pour les bornes publiques

Un plan de 400 millions d'euros doit accélérer le déploiement des bornes de recharge, notamment dans les zones encore mal couvertes.

Les utilitaires électriques des entreprises

Le soutien à l'achat d'utilitaires électriques assemblés en Europe pourrait atteindre 11 000 euros, avec un objectif de 20 000 véhicules pour les très petites, petites et moyennes entreprises.

Le transport lourd et collectif

La seconde phase s'intéresse aussi aux autobus, aux trains et aux poids lourds. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit par ailleurs un tarif réduit d'accise pour la recharge des camions électriques de plus de 7,5 tonnes, sous réserve d'une autorisation européenne.

Les mesures pour l'industrie et l'hydrogène

Le plan comporte un volet industriel, avec un soutien à l'électrification des procédés et à la production d'hydrogène décarboné par électrolyse. Plusieurs sources mentionnent un nouvel appel d'offres de 1,2 milliard d'euros pour l'hydrogène. En juillet 2026, la première vague du mécanisme de soutien avait retenu trois projets représentant 161,4 MW d'électrolyse, pour un soutien de 778 millions d'euros sur quinze ans.

Les territoires d'électrification

Le plan s'appuie sur 109 territoires d'électrification, qui doivent établir une feuille de route avant le 1er décembre 2026. L'objectif est d'identifier, à l'échelle locale, les besoins de raccordement au réseau, les projets industriels et les actions prioritaires, en associant collectivités, gestionnaires de réseau et entreprises.

Tableau récapitulatif des principales mesures

Domaine Mesure Calendrier annoncé
Chauffage Guichet unique CEE pour les pompes à chaleur Offres intégrées depuis le 1er octobre 2026, généralisation au 1er janvier 2027
Chauffage Extension de l'interdiction des chaudières fioul au bio-fioul À préciser par décret
Chauffage Prime « sortie du gaz » jusqu'à 1 000 euros À préciser
Chauffage Objectif d'un million de pompes à chaleur 2030
Mobilité Aide de 500 euros pour une borne pilotable à domicile 1er janvier 2027
Mobilité Plan de 400 millions d'euros pour les bornes Non précisé
Entreprises Aide jusqu'à 11 000 euros pour les utilitaires assemblés en Europe Non précisé
Industrie Soutien à l'hydrogène décarboné Nouvel appel d'offres annoncé
Territoires Feuilles de route des 109 territoires Avant le 1er décembre 2026

Un plan financé en grande partie par les CEE

L'une des caractéristiques du plan est le recours massif aux certificats d'économies d'énergie, financés par les fournisseurs d'énergie et répercutés sur les prix de l'énergie payés par les consommateurs. La sixième période du dispositif, qui couvre 2026 à 2030, a vu son obligation relevée d'environ 27 %.

Ce choix permet de financer des aides sans peser directement sur le budget de l'État, au moment où celui-ci réduit d'autres crédits. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit ainsi que les pompes à chaleur soient financées uniquement par les CEE à partir du 1er janvier 2027, et non plus par MaPrimeRénov' par geste, tandis que la dotation de l'État à l'Agence nationale de l'habitat serait réduite.

Les critiques portent sur l'effet redistributif de ce mode de financement : le coût des CEE pèse sur l'ensemble des consommateurs d'énergie, y compris les ménages modestes qui ne bénéficient pas des aides.

Les réactions

Les acteurs de la filière électrique et des pompes à chaleur saluent un signal de cohérence avec la PPE3 et la volonté de simplifier les aides. Les professionnels du bâtiment, qui ont vu MaPrimeRénov' par geste se réduire fortement en 2026, attendent de vérifier que le guichet unique tiendra ses promesses de rapidité et de lisibilité.

La filière gazière met en avant le rôle du gaz renouvelable et des solutions hybrides, et s'inquiète d'une politique trop exclusivement tournée vers l'électricité. Notre analyse sur l'avenir du gaz individuel détaillait déjà ces arbitrages.

Les défis de l'électrification

L'électrification massive des usages pose plusieurs questions :

Le déploiement des bornes publiques, analysé dans notre article sur le maillage du territoire, et le développement du stockage, abordé dans notre enquête sur les investissements des grands groupes, sont deux maillons de cette équation.

Ce que l'électrification représente en chiffres

Pour mesurer l'enjeu, il faut rappeler quelques ordres de grandeur. La France consomme environ 450 TWh d'électricité par an, selon les bilans de RTE, alors que sa consommation finale d'énergie toutes sources confondues est de l'ordre de quatre fois supérieure. Le pétrole et le gaz couvrent l'essentiel de l'écart.

Chaque usage électrifié réduit la quantité d'énergie consommée, car les équipements électriques sont souvent plus efficaces. Une pompe à chaleur restitue en moyenne trois à quatre kilowattheures de chaleur pour un kilowattheure d'électricité consommé, là où une chaudière restitue moins d'un kilowattheure de chaleur par kilowattheure de gaz. Un moteur électrique convertit l'essentiel de l'énergie de la batterie en mouvement, quand un moteur thermique en perd la majeure partie en chaleur.

L'électrification permet donc de réduire à la fois la dépendance aux importations et la consommation totale d'énergie, tout en augmentant la demande d'électricité. Après plusieurs années de stagnation, la consommation électrique française est repartie à la hausse au premier semestre 2026, tirée notamment par les centres de données et les grands consommateurs industriels, selon RTE.

Un calendrier serré

Plusieurs mesures entrent en vigueur au 1er janvier 2027, ce qui suppose la publication rapide de textes réglementaires et l'adaptation des opérateurs. Les feuilles de route territoriales sont attendues dès le 1er décembre 2026. Le suivi de la mise en œuvre sera donc observé de près par les filières concernées, qui ont souvent pâti, ces dernières années, de dispositifs annoncés mais lents à se concrétiser.

Les ménages en première ligne

Pour les particuliers, les mesures les plus concrètes concernent le chauffage et la recharge. Un ménage chauffé au fioul ou au gaz qui envisage une pompe à chaleur devra, à partir de 2027, passer par le guichet unique adossé aux CEE. Un ménage qui achète une voiture électrique pourra bénéficier de l'aide à la borne pilotable. L'efficacité du plan dépendra largement de la simplicité réelle de ces parcours.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le plan d'électrification ?

C'est un ensemble de mesures gouvernementales visant à remplacer l'usage du pétrole et du gaz par l'électricité, majoritairement décarbonée en France, dans le chauffage, les transports et l'industrie.

Quand la deuxième phase a-t-elle été présentée ?

Le 15 octobre 2026, avec 17 mesures.

Qu'est-ce que le guichet unique pompe à chaleur ?

Un dispositif qui regroupe les aides à l'installation d'une pompe à chaleur au sein des certificats d'économies d'énergie. Il est ouvert pour les offres intégrées depuis le 1er octobre 2026 et doit être généralisé au 1er janvier 2027.

Quelle aide pour une borne de recharge à domicile ?

Une aide de 500 euros pour une borne pilotable est annoncée à partir du 1er janvier 2027.

Les chaudières au bio-fioul seront-elles interdites ?

Le plan prévoit d'étendre à ces équipements l'interdiction d'installation qui s'applique aux chaudières au fioul depuis 2022. Un texte réglementaire doit le préciser.

Qui finance ces mesures ?

Une grande partie est financée par les certificats d'économies d'énergie, donc par les fournisseurs d'énergie et, in fine, par les consommateurs. Certaines mesures relèvent du budget de l'État.

Que sont les territoires d'électrification ?

109 territoires identifiés pour accélérer l'électrification à l'échelle locale. Ils doivent élaborer une feuille de route avant le 1er décembre 2026.