EDF estime à 72,8 milliards d'euros le coût de construction des six réacteurs nucléaires EPR2 prévus en France, sur les sites de Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et Bugey (Ain). Ce montant, exprimé en euros de 2020 et hors coûts de financement, est présenté par l'entreprise comme un plafond convenu avec l'État actionnaire. La décision finale d'investissement est attendue d'ici la fin de 2026, mais elle reste suspendue à plusieurs conditions, dont l'autorisation par la Commission européenne du mécanisme de soutien public.

Le calendrier s'est par ailleurs allongé : EDF vise désormais une mise en service du premier réacteur de Penly en 2038, contre une fenêtre de 2035 à 2037 envisagée auparavant.

Le coût du programme

L'estimation de 72,8 milliards d'euros a été approuvée par le conseil d'administration d'EDF. Elle marque une nouvelle hausse par rapport aux évaluations précédentes.

Date de l'estimation Coût estimé des six EPR2
2022 (évaluation initiale) 51,7 milliards d'euros
Estimation intermédiaire 67,4 milliards d'euros
Estimation actuelle 72,8 milliards d'euros

Par rapport à l'évaluation initiale de 2022, la hausse atteint environ 40 %. EDF indique espérer faire mieux que ce plafond grâce à des économies et à l'optimisation du programme. Les coûts de financement, qui dépendent des taux d'intérêt et du montage retenu, ne sont pas inclus : ils peuvent représenter une part très importante du coût final d'un projet nucléaire, compte tenu de la durée des chantiers.

Les conditions de la décision finale

La décision finale d'investissement engagerait EDF de façon ferme dans la construction. Elle dépend de plusieurs étapes encore en cours.

L'aide d'État

Le programme repose sur un mécanisme de soutien public, comprenant notamment un prêt de l'État à conditions avantageuses et un contrat garantissant un prix pour l'électricité produite. Ce dispositif doit être autorisé par la Commission européenne au titre des règles sur les aides d'État.

L'avis de l'autorité de sûreté

L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) doit rendre un avis générique sur la conception de l'EPR2, attendu à l'automne 2026. Cet avis porte sur les options de sûreté du modèle et conditionne la suite des procédures d'autorisation.

L'audit gouvernemental

Un audit mené par la délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN) est en cours. Ses conclusions n'ont pas été rendues publiques à la date de rédaction.

Les dépenses déjà engagées

En attendant la décision finale, EDF poursuit les études et les travaux préparatoires. Le conseil d'administration a approuvé un budget de 2,7 milliards d'euros pour 2026, consacré notamment aux études d'ingénierie, à l'approvisionnement de composants à long délai de fabrication et aux travaux de préparation des sites, en particulier à Penly.

Pourquoi de nouveaux réacteurs

Le parc nucléaire français, construit pour l'essentiel dans les années 1980, arrivera progressivement en fin de vie au cours des prochaines décennies, même si la prolongation de nombreux réacteurs au-delà de quarante ans est engagée. Parallèlement, la demande d'électricité doit augmenter avec l'électrification des transports, du chauffage et de l'industrie.

La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), publiée par décret le 13 février 2026, confirme la construction de six réacteurs EPR2. Le gouvernement envisage huit réacteurs supplémentaires, dont la décision serait prise ultérieurement.

Les leçons de Flamanville

Le programme EPR2 doit tirer les leçons du chantier de l'EPR de Flamanville, mis en service avec plus d'une décennie de retard et un coût final très supérieur aux prévisions initiales. L'EPR2 est une version simplifiée de l'EPR, conçue pour être plus facile à construire. EDF mise sur la standardisation, la construction en série par paires de réacteurs et la reconstitution des compétences industrielles de la filière.

Le décalage du calendrier de la première mise en service à 2038 et la hausse des coûts montrent toutefois que ces difficultés ne sont pas entièrement résolues.

Le débat sur le financement

Le coût du programme pose la question de son financement. EDF, détenue à 100 % par l'État depuis 2023, fait face à des besoins d'investissement considérables : prolongation du parc existant, nouveaux réacteurs, réseaux, renouvelables. Son endettement est élevé.

Plusieurs pistes de financement sont évoquées : prêt de l'État, contrat de prix garanti, participation d'industriels consommateurs d'électricité, recours aux marchés. Le choix du montage aura des conséquences sur le coût final de l'électricité produite et sur la répartition des risques entre EDF, l'État et les consommateurs.

Le prix de l'électricité produite

Le coût d'un réacteur se traduit, à terme, dans le prix de l'électricité qu'il produit. Les estimations du coût de production de l'EPR2 dépendent fortement du coût de financement : un taux d'intérêt bas, permis par un prêt public, réduit sensiblement le prix nécessaire pour rentabiliser l'investissement. C'est l'un des arguments en faveur d'un soutien de l'État.

Dans le contexte de 2026, où les prix de l'électricité sur les marchés sont tirés par le gaz, les partisans du nouveau nucléaire font valoir qu'une production pilotable et décarbonée protège contre la volatilité des prix des énergies fossiles. Les opposants soulignent que les renouvelables associées au stockage pourraient fournir une électricité à moindre coût et plus rapidement.

L'innovation nucléaire en parallèle

À côté des grands réacteurs, la filière nucléaire développe des concepts de petits réacteurs modulaires, destinés à des usages industriels ou à des marchés différents. Plusieurs start-up françaises portent de tels projets, à l'image de la barge nucléaire flottante présentée par Newcleo. Ces technologies ne remplacent pas le programme EPR2 à l'horizon des prochaines décennies, mais elles pourraient compléter l'offre.

Le développement du stockage par batteries, analysé dans notre enquête sur les investissements des grands groupes, participe aussi à l'équilibre futur du système électrique.

Calendrier prévisionnel

Étape Échéance
Avis générique de l'ASNR sur la conception Automne 2026
Décision finale d'investissement d'EDF Visée d'ici fin 2026
Autorisation européenne de l'aide d'État Préalable à la décision
Mise en service du premier réacteur (Penly) 2038 selon EDF
Mises en service suivantes Échelonnées sur les années suivantes

Ce que représente un EPR2

L'EPR2 est un réacteur à eau sous pression de troisième génération, d'une puissance d'environ 1 670 mégawatts électriques. Une paire de réacteurs peut produire de l'ordre de 25 TWh par an, soit environ 5 % de la consommation d'électricité actuelle de la France.

Caractéristique Ordre de grandeur
Puissance par réacteur Environ 1 670 MWe
Nombre de réacteurs prévus Six, construits par paires
Production annuelle d'une paire De l'ordre de 25 TWh
Durée de fonctionnement visée 60 ans et plus

Par rapport à l'EPR de Flamanville, l'EPR2 vise une conception simplifiée : moins de variantes, plus de composants standardisés, des méthodes de construction pensées pour réduire les aléas de chantier.

Les enjeux industriels

Le programme EPR2 mobilise une filière industrielle de plusieurs centaines de milliers d'emplois en France, selon les estimations régulièrement avancées par la filière nucléaire. Sa réussite dépend de la capacité des industriels à recruter et former des soudeurs, chaudronniers, ingénieurs et techniciens en nombre suffisant, après plusieurs décennies sans construction de réacteurs.

Les territoires d'implantation attendent aussi des retombées économiques importantes, avec plusieurs milliers d'emplois sur chaque chantier au pic de la construction. À Penly, les travaux préparatoires ont déjà commencé, et les services de l'État ont engagé l'organisation de l'accueil des travailleurs, du logement et des transports.

Les critiques

Le programme suscite des critiques de plusieurs ordres. Les associations environnementales opposées au nucléaire contestent l'opportunité d'investir massivement dans une technologie dont les coûts ont dérivé et les délais se sont allongés, au détriment des renouvelables et de l'efficacité énergétique. Certains économistes s'interrogent sur la capacité d'EDF à porter seule un tel investissement, et sur la répartition des risques avec l'État et les consommateurs. La Cour des comptes avait elle-même appelé, dans de précédents rapports, à sécuriser le financement et la maîtrise des coûts avant toute décision définitive.

Les partisans du programme rappellent que le nucléaire fournit une électricité pilotable et décarbonée, indispensable selon eux pour accompagner l'électrification des usages, et que la crise énergétique de 2026 illustre l'intérêt de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées.

Le contexte européen

La France n'est pas seule à relancer le nucléaire. Plusieurs pays européens ont annoncé des projets de nouveaux réacteurs ou de petits réacteurs modulaires. Au niveau européen, la reconnaissance du nucléaire comme énergie bas carbone dans certains textes a facilité son financement, mais l'autorisation des aides d'État reste examinée au cas par cas par la Commission, ce qui explique le poids de cette étape dans le calendrier de l'EPR2.

Ce qui se joue d'ici la fin de l'année

Les prochaines semaines seront décisives pour le programme. L'avis générique de l'autorité de sûreté, la position de la Commission européenne sur l'aide d'État et la publication des conclusions de l'audit gouvernemental conditionnent la décision finale d'investissement. Un nouveau report de cette décision n'est pas exclu si l'une de ces étapes prend du retard, ce qui décalerait d'autant le calendrier des mises en service.

Pour EDF, la décision finale permettrait de sécuriser les commandes de composants auprès des fournisseurs et de passer à une phase de construction à grande échelle. Pour l'État, elle engagerait un soutien financier sur plusieurs décennies.

La prolongation du parc existant

En parallèle du nouveau nucléaire, EDF poursuit le programme de prolongation des réacteurs existants au-delà de quarante ans, à travers les quatrièmes visites décennales. Ces opérations, qui mobilisent des investissements importants, permettent de maintenir la production du parc actuel pendant la construction des EPR2. Leur bon déroulement conditionne la capacité de la France à préserver sa production nucléaire jusqu'à l'arrivée des nouveaux réacteurs, à la fin des années 2030 et au-delà. La disponibilité du parc existant, mise à l'épreuve cet hiver avec la demande du gouvernement de produire au maximum, reste donc un enjeu aussi important que le lancement du nouveau programme.

Les annonces attendues d'ici la fin de l'année permettront de savoir si le calendrier fixé par EDF peut être tenu, ou si le programme connaîtra un nouveau décalage.

Questions fréquentes

Combien coûtent les six EPR2 ?

72,8 milliards d'euros selon la dernière estimation d'EDF, en valeur 2020 et hors coûts de financement.

Où seront construits les EPR2 ?

Par paires à Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et Bugey (Ain).

Quand la décision finale sera-t-elle prise ?

EDF vise la fin de 2026, sous réserve de l'accord européen sur l'aide d'État, de l'avis de l'autorité de sûreté et des conclusions d'un audit gouvernemental.

Quand le premier réacteur sera-t-il mis en service ?

EDF vise 2038 pour le premier réacteur de Penly.

Pourquoi le coût a-t-il augmenté ?

Les estimations ont été affinées au fil des études, avec une hausse d'environ 40 % par rapport à 2022. EDF espère toutefois faire mieux que le plafond annoncé.

Qui paiera ces réacteurs ?

EDF, avec un soutien de l'État qui doit être autorisé par Bruxelles. Le montage financier aura des conséquences sur le prix de l'électricité produite.

Y aura-t-il d'autres réacteurs ?

La PPE3 confirme six EPR2. Huit réacteurs supplémentaires sont envisagés, sans décision à ce stade.