Le gouvernement s'est engagé à ce que le prix de l'électricité n'augmente pas cet hiver. Annoncé par le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de son allocution du 7 octobre 2026, puis confirmé par la ministre déléguée chargée de l'Énergie, Maud Bregeon, qui parle d'un « engagement », ce gel vise en priorité la révision du tarif réglementé de vente d'électricité (TRVE) prévue au 1er février 2027. Le problème est que les prix de gros pour 2027 ont fortement progressé depuis l'été, et qu'aucune mesure de financement n'a encore été détaillée.
Derrière la promesse, plusieurs questions restent ouvertes : qui sera réellement protégé, comment le gel sera financé, et à quel prix pour les finances publiques ou pour les consommateurs des années suivantes.
Ce que le gouvernement a annoncé
L'exécutif s'est engagé sur un principe : pas de hausse du prix de l'électricité pendant l'hiver 2026-2027. Concrètement, l'échéance visée est le 1er février 2027, date à laquelle le tarif réglementé est habituellement révisé sur proposition de la Commission de régulation de l'énergie (CRE).
Le Premier ministre a accompagné cet engagement d'une demande adressée à EDF : mobiliser au maximum ses capacités de production pendant l'hiver, dans le respect des exigences de sûreté. La logique avancée par Maud Bregeon est que plus le parc nucléaire et les énergies renouvelables produisent, moins le prix de l'électricité dépend des centrales à gaz, dont le coût s'est envolé avec la crise au Moyen-Orient.
Le cabinet de la ministre indique que le gouvernement utilisera « tous les leviers à sa disposition ». À la date de rédaction, aucun mécanisme précis n'a été présenté.
Où en est le tarif réglementé
Le tarif réglementé, dit Tarif Bleu, s'établit depuis le 1er août 2026 à environ 0,2001 euro TTC par kilowattheure en option Base pour un compteur de 6 kVA, selon les grilles relayées par les comparateurs. Il avait déjà été révisé au 1er février 2026, puis au 1er août, notamment sous l'effet de l'évolution du tarif d'utilisation des réseaux.
| Option (6 kVA) | Prix du kWh TTC depuis le 1er août 2026 |
|---|---|
| Base | 0,2001 euro |
| Heures pleines | 0,2142 euro |
| Heures creuses | 0,1589 euro |
Environ un tiers de la facture correspond aux taxes, un tiers à l'acheminement sur les réseaux et un tiers à la fourniture d'énergie, selon les ordres de grandeur habituellement retenus par la CRE.
Pourquoi une hausse se profilait
Depuis la fin du dispositif de l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique (Arenh), le 31 décembre 2025, la part énergie du tarif réglementé est calculée à partir des prix observés sur les marchés de gros. Pour lisser les à-coups, la CRE retient une moyenne des achats sur vingt-quatre mois. Mais cette moyenne finit par intégrer les hausses.
Or les prix de gros ont fortement progressé à partir de l'été 2026. Selon les données d'EEX relayées par la presse spécialisée, le contrat annuel 2027 en base, qui se négociait autour de 57 euros le mégawattheure en moyenne en juin, a clôturé septembre vers 91 euros et dépassait 107 euros à la mi-octobre. Cette hausse reflète celle du gaz, dont le prix détermine souvent celui de l'électricité sur le marché européen lors des pointes de consommation.
S'y ajoutent d'autres éléments déjà identifiés par la CRE : le report à février 2027 de la couverture d'un reliquat lié à l'ancien mécanisme de capacité et divers rattrapages sur 2026. Avant même l'annonce du gouvernement, plusieurs analystes anticipaient une hausse au 1er février 2027, sans pouvoir la chiffrer précisément.
Les quatre leviers possibles
Le gouvernement dispose de plusieurs outils, tous imparfaits.
Baisser les taxes
L'électricité supporte l'accise sur l'électricité (ex-TICFE), la contribution tarifaire d'acheminement et la TVA. Réduire l'accise compenserait une hausse hors taxes. Une baisse de 0,4 euro par mégawattheure est déjà inscrite au 1er février 2027, après une première baisse de 0,5 euro au 1er août 2026, mais son effet reste marginal. Une baisse plus importante nécessiterait une mesure dans la loi de finances pour 2027 : le projet déposé le 1er octobre n'en prévoit pas, et le coût pour l'État serait significatif.
Refuser ou reporter la proposition de la CRE
Les ministres peuvent ne pas suivre la proposition tarifaire de la CRE. Mais le tarif doit en principe couvrir les coûts. Un gel décidé sans compensation crée un manque à gagner que la CRE peut intégrer plus tard sous forme de rattrapage. Ce mécanisme a déjà été utilisé : lors des gels de 2019 et de 2022, les rattrapages se sont élevés à environ 574 millions d'euros puis 1,543 milliard d'euros, selon les montants rappelés par la presse spécialisée.
Augmenter la production
C'est le sens de la demande adressée à EDF. Plus le nucléaire et les renouvelables couvrent la demande, moins les centrales à gaz fixent le prix marginal. Mais l'effet sur le tarif réglementé de février est limité : le kilowattheure facturé cet hiver est en grande partie déterminé par des achats déjà réalisés. Une production record en janvier n'abaisserait pas mécaniquement le tarif de janvier.
Mobiliser des recettes exceptionnelles
Lorsque les prix de gros sont élevés, certaines recettes publiques augmentent, notamment via les mécanismes de soutien aux énergies renouvelables qui reversent à l'État la différence entre le prix de marché et le tarif garanti. Ces recettes peuvent théoriquement financer une compensation, mais leur montant est incertain et dépend de l'évolution des prix.
Qui serait protégé, et qui ne le serait pas
Le gel porte sur le tarif réglementé, auquel souscrivent encore une majorité de ménages, selon les données de la CRE. Il s'étend en pratique aux offres de marché indexées sur ce tarif, dont le prix évolue mécaniquement avec lui.
En revanche, plusieurs catégories de consommateurs ne seraient pas directement protégées :
- les clients en offre à prix fixe dont le contrat arrive à échéance cet hiver, et qui devront renouveler à des prix tenant compte de la hausse des marchés ;
- les clients en offre indexée sur le marché de gros, dont la facture suit directement les prix ;
- les entreprises et collectivités qui ne bénéficient pas du tarif réglementé, pour lesquelles les contrats sont négociés aux conditions du marché.
| Type de contrat | Effet attendu du gel |
|---|---|
| Tarif réglementé (Tarif Bleu) | Protégé si le gel s'applique au 1er février 2027 |
| Offre indexée sur le TRV | Protégée indirectement |
| Offre à prix fixe en cours | Pas d'effet jusqu'à l'échéance |
| Offre à prix fixe renouvelée cet hiver | Exposée aux prix de marché |
| Offre dynamique ou indexée sur le marché | Exposée aux prix de marché |
Un gel qui pèserait sur 2027 ou sur le budget
Quel que soit le levier, le coût ne disparaît pas. Soit il est porté par le budget de l'État, via une baisse de taxes ou une compensation, soit il est reporté sur les factures des années suivantes via un rattrapage. Dans le premier cas, il s'ajoute à un projet de loi de finances déjà contraint, dans lequel le gouvernement réduit par ailleurs les crédits de plusieurs politiques énergétiques, dont ceux de l'Agence nationale de l'habitat. Dans le second, il décale la hausse au-delà de l'hiver, sans l'effacer.
Les débats parlementaires sur le budget 2027, qui se tiennent cet automne, seront donc déterminants. Des amendements visant à moduler l'accise entre électricité et gaz, débattus lors du précédent budget, pourraient revenir.
Un contexte de tension sur les prix de l'énergie
L'engagement sur l'électricité s'inscrit dans un contexte plus large de hausse des prix de l'énergie, alimentée par le conflit au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d'Ormuz depuis la fin février 2026. Le gazole dépasse 2,36 euros le litre en moyenne mi-octobre, le prix repère du gaz a progressé de 6,3 % au 1er octobre, et les stocks européens de gaz abordent l'hiver à des niveaux jugés historiquement bas.
Dans ce contexte, l'électricité fait figure d'énergie relativement protégée, grâce à un parc de production largement nucléaire et renouvelable. Mais la France reste interconnectée au marché européen, où le gaz fixe souvent le prix.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Plusieurs échéances permettront de mesurer la réalité de l'engagement :
- les amendements au projet de loi de finances, notamment sur la fiscalité de l'électricité ;
- la proposition de la CRE, attendue vers la mi-janvier 2027 ;
- l'arrêté tarifaire pris par les ministres pour le 1er février ;
- l'évolution des prix de gros, qui conditionne l'ampleur de l'effort nécessaire.
Pour comprendre la construction du tarif, on pourra se reporter à notre article sur l'évolution du tarif réglementé et à notre décryptage du fonctionnement du marché de l'électricité. Les enjeux sociaux de la hausse des prix sont détaillés dans notre article sur la précarité énergétique en 2026.
Exemple chiffré : ce que représenterait une hausse évitée
Pour mesurer l'enjeu, prenons un ménage au tarif réglementé en option Base, avec un compteur de 6 kVA et une consommation annuelle de 4 500 kWh, ordre de grandeur d'un logement chauffé partiellement à l'électricité.
| Scénario au 1er février 2027 | Prix du kWh TTC | Coût annuel de la consommation |
|---|---|---|
| Gel (prix actuel) | 0,2001 euro | 900 euros |
| Hausse de 2,5 % | 0,2051 euro | 923 euros |
| Hausse de 5 % | 0,2101 euro | 945 euros |
Ces scénarios, établis par la rédaction à partir d'hypothèses de hausse évoquées par des comparateurs et hors abonnement, ne constituent pas des prévisions. Ils montrent qu'une hausse de quelques pourcents représente quelques dizaines d'euros par an pour un ménage moyen, mais beaucoup plus pour les logements entièrement chauffés à l'électricité, dont la consommation peut dépasser 10 000 kWh par an.
À l'échelle nationale, en revanche, chaque point de hausse évitée représente plusieurs centaines de millions d'euros, qu'il faudra financer d'une manière ou d'une autre.
La fin de l'Arenh change la donne
La situation de l'hiver 2026-2027 est la première crise de prix depuis la fin de l'Arenh. Jusqu'au 31 décembre 2025, une partie importante de l'électricité vendue aux consommateurs français était approvisionnée au prix régulé de 42 euros le mégawattheure, ce qui amortissait les variations des marchés. Lors de la crise de 2022, cet amortisseur, combiné au bouclier tarifaire, avait limité la hausse du tarif réglementé.
Depuis le 1er janvier 2026, ce mécanisme a disparu. Il est remplacé par un dispositif qui prévoit un partage des revenus du nucléaire au-delà de certains seuils de prix, destiné à protéger les consommateurs en cas de prix très élevés. La manière dont ce nouveau mécanisme jouera cet hiver, et son articulation avec l'engagement du gouvernement, fait partie des points que les débats budgétaires et la CRE devront éclaircir.
Questions fréquentes
Le prix de l'électricité va-t-il augmenter au 1er février 2027 ?
Le gouvernement s'est engagé à ce qu'il n'augmente pas cet hiver. La décision finale dépendra de la proposition de la CRE, attendue vers la mi-janvier, et de l'arbitrage des ministres sur l'arrêté tarifaire.
Qui est concerné par le gel ?
En priorité les clients au tarif réglementé et ceux dont l'offre est indexée sur ce tarif. Les offres à prix fixe renouvelées cet hiver et les offres indexées sur le marché de gros ne sont pas directement protégées.
Comment le gel sera-t-il financé ?
Aucun mécanisme n'a été précisé à ce stade. Les options sont une baisse de la fiscalité dans le budget 2027, ou un report de la hausse rattrapé ultérieurement.
Pourquoi les prix de gros ont-ils augmenté ?
Principalement en raison de la hausse du prix du gaz, liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le contrat annuel 2027 a dépassé 107 euros le mégawattheure à la mi-octobre, contre environ 57 euros en moyenne en juin.
La demande faite à EDF fera-t-elle baisser les factures ?
Pas directement à court terme. Le tarif de l'hiver repose sur des achats déjà réalisés. Une forte production peut en revanche limiter la hausse des prix de gros et l'appel aux centrales à gaz.
Un gel a-t-il déjà été décidé par le passé ?
Oui, notamment en 2019 et en 2022. Les manques à gagner ont ensuite été rattrapés sur les factures des années suivantes.
Les taxes sur l'électricité vont-elles baisser ?
Une baisse de 0,4 euro par mégawattheure de l'accise est déjà prévue au 1er février 2027. Une baisse plus importante n'est pas inscrite dans le projet de budget, mais pourrait être proposée par amendement.




